Et consternation. Et nausées. Et plein d’autres choses encore. Cet article risque d’être décousu, je m’en excuse d’avance. Le sujet a été abordé plusieurs fois, mais en multipliant les occurrences, y’en a qui finiront par comprendre. Peut-être. Un jour.

Vous avez certainement tous (ou presque) suivi l’histoire du hashtag #harcèlementderue qui a fait suite à la vidéo de Sofie Peeters. Pour les retardataires, voici le lien de la vidéo et de quelques tweets en rapport. Vous comprendrez vite mon état.  Le lien.

Ce qui me révolte ? Les réactions. Déjà quand elles viennent d’hommes qui n’ont pas la moindre idée de ce que c’est de supporter ça tous les jours, ça me donne envie de les pendre par les c*uilles. (oui, carrément.) Mais quand elles viennent de femmes, qui devraient soutenir et comprendre, là, je ne sais même plus quoi faire.  Un petit florilège des réactions ainsi que les réponses que j’y apporte.

– « Oh c’est bon, c’est un cas isolé, la preuve elle reste à Anneessens. »

Viens vivre à Bruxelles, ou dans toute autre ville ou village mon grand. Viens me suivre dans la rue

et voir si ça n’arrive que dans les quartiers « défavorisés ». Juste une journée, et tu comprendras que ça arrive partout. Tout le temps. En Belgique comme en France, comme ailleurs. Si tu n’es pas au courant, sors de ta grotte. (Ou restes-y en fait.)

– « Ce n’est jamais qu’un compliment, tu devrais être flattée ! »

Flattée  ?! D’être matée comme un bout de viande fraîche ? De me faire siffler comme on appelle un chien, d’entendre les bisous sonores, les claquements de langues et autres ? De me faire mettre la main au cul dans les transports ou en rue ? Et même quand le « compliment » se fait plus ou moins poli, comment réagir ? Si on nie et qu’on trace notre route, il ne faut pas 2 secondes pour entendre un « Salope ! » « Pute ! » « Chienne va! » fuser. Ou la réaction typique du frustré « Nan mais t’as cru que t’étais Miss Monde ? Sale moche ! » Si on dit « merci », c’est vu comme un « Ok, on baise ? » Et je n’exagère pas le moins du monde. Quand c’est pas ça, c’est le mec qui change de trottoir en même temps que toi, celui qui roule à 2 à l’heure à ta hauteur en t’invitant à venir le sucer dans sa voiture, ou les 5 jeunes qui te bloquent le passage parce que tu ne veux pas donner ton numéro de téléphone. Et que ce soit ça ou te faire plaquer contre un mur, les gens ne bougent pas. Que tu sois Avenue Louise ou à Belgica. Ça fait partie du décor.

– « Oh t’exagères pas un peu ? Un peu parano toi non ? »

Ouais mec, la main au cul j’l’ai inventée, et mon deuxième prénom c’est Jeanne d’Arc. Trouduc.

– « Si tu t’habilles comme ça, tu le cherches ! »

Ah bah oui. Logique. Si je mets une jupe c’est que je suis une grosse cochonne en manque de cul, qui n’attend que de se faire aborder. Mais bien sûr. Et si je me maquille c’est parce que je rêve de me faire prendre dans une ruelle ? On n’est plus au Moyen-Âge les gars. Parce que dire ça, ça revient à dire que  la pauvre fille qui vient de se faire violer l’a bien cherché, avec sa jupe au dessus du genou. Hein, la salope. Vous croyez vraiment que je vais m’habiller en jeans même par 30°C parce que ces mecs n’ont aucune éducation ? Jamais. 

« Han la vilaine elle stigmatise ces pauvres maghrébins. »

Si on ne voit que des maghrébins dans la vidéo, c’est malheureusement parce que dans 90% des cas, ça vient d’eux, sans pour autant dire qu’ils le font tous. Ce n’est pas une manipulation de la réalisatrice. C’est juste un constat. Si vous pensez que ce combat est un combat à vocation raciste, allez jouer sur l’autoroute. Parce que bon, si vous n’étiez pas un poil racistes vous-mêmes, vous y verriez des Hommes avec un grand H, pas une couleur de peau ou une ethnie. On s’en fout qu’ils soient maghrébins, italiens ou anglais. On veut juste qu’ils nous foutent la paix.

– « Oh bah s’il te propose de l’argent, c’est qu’il trouve que tu le mérites, c’est bien ! »

Oui, c’est super flatteur de se faire proposer 50€ pour une pipe alors qu’on attend en jeans dans le hall d’un hôpital. Et logique surtout. On en voit souvent des putes en JEANS dans un HÔPITAL la journée, vous n’avez jamais remarqué ? Rhooo enfin.

– « T’as qu’à baisser les yeux hein, faut pas les chercher »

Et me mettre à quatre pattes aussi ? Bien que l’idée puisse leur paraître plutôt sympa, no way. Je regarde droit devant moi, j’avance. Hors de question de les laisser gagner et d’avoir l’air soumise. La prochaine étape, c’est quoi ? Je ne sors plus de chez moi parce que bon, hein, je me montre au monde, faut que j’assume ?

– « T’as les cheveux rouges, c’est que t’aimes qu’on te regarde, viens pas t’plaindre ! »

Et ? Avoir une couleur de cheveux qui sort de l’ordinaire les autorise à me regarder comme une bête de foire ? À m’insulter ? À me dégrader ? Certainement pas. Et même si parfois l’idée de changer de couleur me traverse l’esprit pour qu’on me foute la paix, je me dis que même brune, ça sera pareil. Parce que j’aurai une jupe ou un décolleté, ou même ni l’un ni l’autre. Que je marcherai dans les mêmes rues, que je prendrai les mêmes métros, et que j’aurai toujours aussi peur de me faire coincer au détour d’une ruelle.

Parce que oui, la peur, elle est là. Souvent je prends la voiture pour ne pas devoir passer par certains coins. Et même là, on arrive à t’emmerder. Le camionneur qui te klaxonne parce qu’il a vue sur tes gambettes. Le gars qui s’arrête au milieu du rond point et descend de sa voiture pour venir te voir. (Si si) Le gars dans la voiture d’à côté qui te mime des gestes obscènes comme un ado de 15 ans. Obligée de fermer ta fenêtre, de verrouiller tes portes et de monter le son. Et d‘attendre que ça passe.

Je vous ai parlé du gars qui descend de la voiture de son pote et me suit dans la rue malgré mes 4 « Non, merci. » ? Du paki du coin qui attend devant ta porte parce qu’il a vu où t’es rentrée ? Des fois où j’ai dû faire des détours ou changer d’itinéraire pour qu’on ne me suive pas jusqu’à chez moi ? J’ai dû oublier. À force hein tu sais, ça devient quotidien. Et ça me fatigue, cette ambiance anxiogène. Pourtant je ne suis pas spécialement grande (au contraire), ni spécialement bonne, je n’ai pas non plus de gros seins. Et pourtant. On est toutes sur le même pied d’égalité. Enfin presque, sauf la connasse du BW qui ne sort pas de son enclos sécurisé, ou alors dans sa voiture avec chauffeur. Celles qui critiquent n’ont jamais été confrontées à ça.

Alors franchement, que tous ceux qui ne sont pas foutus d’au moins accepter que ça existe aillent se faire voir. Vraiment. Et que ceux qui exagèrent en disant « Oh zut j’ai souri à une gonzesse, je fais du #harcèlementderue » retournent jouer aux Légos.

« Quand on sait pas on dit pas » comme on dit. Bisous.

(Je pars en vacances, je validerai les commentaires au fur et à mesure.)

 Et comme c’était très long (comme ma b.. ah non.) voilà plein de patates. Merci soeurette pour la bonne idée.

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